Ce dimanche, je me suis rendue au centre Georges Pompidou pour visiter l'exposition "Traces du sacré". Ayant manqué la messe dominicale à laquelle j'assiste bien sûr avec assiduité, cette exposition tenait du miracle.
Mais en dépit de son titre aux connotations religieuses, "Traces du sacré" ne traite pas uniquement de l’influence de la religion sur l’Art. Elle explore le questionnement métaphysique en tant que source d'inspiration pour l'artiste. L’exposition réunit une sélection d’environ 350 œuvres modernes et contemporaines (sculptures, peintures, projections vidéos, jeux de lumières et néons…) qui toutes ambitionnent de percer les mystères de l’existence humaine et de son devenir.
Arrivée au 6ème étage du musée, j’entreprends un cheminement chronologique qui figure l’évolution du rapport au sacré dans les différents courants artistiques du XXème siècle. Du culte des divinités à la négation de toute forme divine, remplacée par les idoles matérialistes de la société de consommation, la grande épopée spirituelle est ici retracée.
Le point culminant du parcours correspond à « L’apocalypse » des guerres mondiales, dont l’absurdité et l’atrocité remet en cause l’idée même de destinée humaine. Dans une salle vide, les visiteurs s’attardent près d’un mannequin de cire agenouillé face à un mur, de la taille d’un enfant. En m’approchant de la figurine, je découvre que son visage est celui d’Adolph Hitler. J’ignore ce qui est le plus troublant dans l'oeuvre de Maurizio Cattelan : le réalisme du regard transperçant de cet avatar de cire ou la confrontation brutale avec les noirceurs d’une réalité dont l’humanité rougit encore.
Dans un registre plus léger, la salle nommée « The Doors of perception » rassemble les œuvres d’artistes issus de la Beat Generation. Pour ces artistes, la prise de psychotropes devient un moyen comme un autre d’accéder à des vérités qui transcendent le monde réel. Les peintures hallucinogènes de John Cage témoignent de cette quête mystique.
J’ai été particulièrement séduite par la richesse de cette exposition que je vous conseille vivement. Toutefois, j’ai regretté l’absence d’un fil conducteur permettant d’unifier l’ensemble des thématiques abordées, le plus souvent abstraites.
« Traces du sacré », du 7 mai au 11 août, tous les jours sauf mardi de 11h à 21h, le jeudi jusqu’à 23h - Centre Georges Pompidou, place Georges Pompidou, 75004 Paris - Renseignements : 01.44.78.12.33

Merci pour cette critique bien faite qui m'a donné envie d'y aller. Il s'en passe des choses au Centre Pompidou !
Rédigé par : Véronique | 18 juin 2008 à 10:38
Chère Cécile,
Je partage tout à fait ta belle analyse sur l'expo.
Concernant "l'absence d'un fil conducteur" ne s'agit-il pas plutôt d'un fil invisible sous forme de démonstration qui nous ammènerait à dire : "Regarde, impossible et inutile d'inscrire un fil conducteur sur cette thématique car le sacré est partout, y compris dans les périodes postérieures aux paradigmes classiques et romantiques."
Peut-être que cette absence de fil est un autre moyen de montrer le caractère universel du sacré, y compris après plusieurs révolutions artistiques, y compris après la mort de Dieu.
Le sacré demeure à la manière d'un atome insécable car l'homme génère naturellement du sacré y compris dans sa dimension la plus anti-religieuse. C'est en tout cas comme ça que j'ai perçu l'absence de fil directeur, les textes étant pour leur part particulièrement soignés et qualifiés.
Rédigé par : Damiano | 23 juin 2008 à 17:57
hum... tu viens de plomber mon analyse là!
Je suis forcé d'admettre la pertinence de ton propos cher Damiano. Et c'est joliement dit en plus :)
Rédigé par : lauteure | 23 juin 2008 à 18:10
Euh... Moi, j'ai super-rien compris à l'analyse de Damiano.
Et où qu'il est le p'tit Jésus ?
Rédigé par : Supertomate | 23 juin 2008 à 18:50
Cécile, loin de moi l'idée de te "plomber", tu t'en doute ! ;) Mon point de vue est d'ailleurs peut-être trop idéaliste en prêtant plein de belles intentions aux organisateurs de l'expo...mais je crois néanmoins que c'était plus ou moins le message caché de l'expo au final...
Pour répondre à supertomate --> ce que je voulais dire est la chose suivante : fais sortir le sacré par la porte et... il revient par la fenêtre.
On ne se débarasse pas du sacré aussi facilement s'il y a effectivement dans l'homme ce que Rudolf Otto nomme du "numineux", cad une expérience affective du sacré, l'homme étant naturellement doué pour Otto d'un "sens religieux".
Les postures intellectuelles ou artistiques qui nient le sacré ou qui cherchent à l'éradiquer n'en sont pas moins porteuses, tel pourrait être l'un des messages de l'expo. En ce sens elle est pour moi un bon exemple du concept de numineux et donc d'un sacré protéiforme qui transpire partout dans la création humaine même là où on ne souhaite pas le voir.
Rédigé par : Damiano | 23 juin 2008 à 22:53